Jeune fille dans son lit qui ressent du stress, de l'anxiété, elle est recroquevillée sur elle-même
Podcast "Salut, ça va ?"

L’anxiété

17 mai 2021

L’anxiété : deuxième épisode du podcast « Salut, ça va ? » 

Aujourd’hui, on va échanger autour de l’anxiété. Ce sentiment de peur et d’angoisse nous concerne tous. On va aborder les manifestations corporelles liées au stress, les manières de gérer au mieux l’anxiété, l’autoévaluation pour comprendre nos réactions, l’anticipation et l’intolérance à l’incertitude, mais aussi l’importance d’essayer de vivre l’instant présent.

L’anxiété est une émotion innée

Mathilde Besset, psychologue clinicienne

L’anxiété est vraiment une émotion qui est innée, qui descend de la peur et que l’on ressent tous. Je ne connais personne qui n’a jamais éprouvé de l’anxiété dans sa vie. 

Bien évidemment, je tiens à rappeler qu’on aborde ce sujet avec sérieux et légèreté, mais que ça ne remplace pas une prise en charge plus complète comme une psychothérapie, si jamais ça devient envahissant.  

Léa, créatrice de contenu et hôte de podcast

Il y a plein de moments dans la vie où tu peux te sentir anxieux

Je trouve que, le plus flagrant, c’est quand l’anxiété se manifeste avec le corps qui parle, alors que tu n’as pas envie qu’il parle ! 

Tu vois, ces symptômes qui sont les joues rouges, le battement du cœur qui augmente, le corps qui se crispe. En fait, ton corps s’exprime dans ce moment où tu aurais voulu que personne ne soit en capacité de voir que tu étais anxieux. 

D’ailleurs, c’est peut-être une bonne chose que le corps se manifeste. C’est certainement pour que le cerveau ne surchauffe pas (rires).

Les manifestations corporelles et la crise d’angoisse

Mathilde

L’anxiété est une émotion. Et, à chaque émotion ses symptômes corporels

Quand on est en colère, on va se sentir tendu, avoir chaud et avoir les joues rouges. Chaque émotion (joie, tristesse, etc.) a son lot de symptômes également. Elles ont toutes des manifestations corporelles.  

C’est vrai que la peur ou l’anxiété peut donner des manifestations corporelles désagréables. C’est ce qui fait que parfois on en a marre d’être anxieux quand c’est quotidien. 

Tu décris très bien ces manifestations physiques, « j’ai chaud, je transpire, j’ai la respiration qui est accélérée en hyperventilation, je tachycarde, je suis très tendu, etc. ».

Quand ça va à son paroxysme, c’est ce qu’on appelle d’ailleurs des crises d’angoisse. Ça, c’est vraiment le pire, le pic des symptômes corporels liés à une surcharge d’anxiété. 

Bien évidemment, quand l’anxiété est quotidienne, on a un peu envie de s’en débarrasser. Alors qu’à l’origine, heureusement qu’on a de l’anxiété. Ce n’est pas forcément une ennemie. C’est ce qui fait qu’on est aujourd’hui tous vivants et que l’on peut vivre sereinement. En effet, si l’on n’avait pas eu d’anxiété, on se serait tous fait bouffer par des mammouths ou des tigres à dents de sabre (rires). L’anxiété est une émotion. Elle est là pour nous prévenir d’un danger et elle nous permet de nous adapter et de survivre. Face à un risque, elle va nous permettre de savoir si on doit attaquer ou fuir. Et, généralement on fuit. 

La gestion de l’anxiété

Léa

Dans certains cas, face à certaines situations, quand l’anxiété devient trop présente, on a des signaux de fuite ou d’attaque. Pourtant, ce sont parfois des circonstances où on n’aurait pas nécessairement besoin de vraiment fuir. Mais nous, notre corps, notre cerveau interprète ce qu’il se passe. 

Je ne sais pas si quand on est quelqu’un de très anxieux on réagit comme ça par habitude ou par réponse automatique. 

Pourquoi est-ce qu’il y a des personnes qui sont plus sujettes à ressentir cette anxiété-là, face à des situations où d’autres personnes les gèrent très bien ?

Mathilde

On ne pourra pas apporter de réponse précise à cette question. On ne peut pas savoir si l’on va développer un trouble anxieux, un trouble panique ou tout autre trouble de l’anxiété. 

Il y a une part de génétique. Si l’on a eu des parents anxieux par exemple, on aura plus de chance d’être anxieux soi-même. 

Il y a aussi une grosse part qui concerne l’environnement dans lequel on a vécu. On sait que, la maltraitance, par exemple, ou même la surprotection augmentent les chances d’être un adulte plus anxieux. 

Il y a aussi la personnalité. Beaucoup de choses entrent en jeu et font qu’à un moment donné quelqu’un est plus sujet à l’anxiété que quelqu’un d’autre.

L’anxiété, c’est vraiment cette faculté que l’on a à tout anticiper. On anticipe et le cerveau a besoin d’anticiper parce qu’il désire se préparer au mieux à ce qu’il va vivre. Le but premier de notre cerveau, c’est vraiment la survie. Quel qu’en soit le prix, il veut que vous soyez en vie. Donc, quand il apprend qu’une situation est potentiellement dangereuse pour lui, il va faire en sorte que vous l’évitiez. Alors, c’est vrai que, du coup, des fois on fait des apprentissages qui ne sont pas toujours adaptés. 

Par exemple, quelqu’un qui a une phobie du pigeon, a probablement dans sa tête, tout un scénario qui se fait. C’est normal, car il a peut-être vécu une situation où il a eu peur d’un pigeon. Pourtant, on est d’accord qu’avoir peur d’un pigeon, ce n’est pas tout à fait adapté.

Il faut savoir que l’anxiété, ça se traite plutôt bien aujourd’hui. Les thérapies cognitives et comportementales, notamment, ont montré une grande efficacité dans le traitement des troubles anxieux de manière générale et dans le traitement des troubles du sommeil. 

Léa

Il y a donc de l’espoir !

Mathilde

Oui, on peut toujours travailler sur son anxiété, faire en sorte qu’elle soit moins envahissante, car il y a des outils. 

Par contre, il y a des personnes qui ont un tempérament de nature anxieux et on ne changera pas la personnalité profonde de quelqu’un. En revanche, l’idée, c’est que ça ne devienne pas envahissant au point de ne plus dormir la nuit. 

L’autoévaluation pour repérer l’anxiété 

Léa

Quels sont les indices qui montrent une anxiété trop envahissante ? Est-ce qu’on peut s’autoévaluer ? 

Mathilde

C’est trop envahissant quand l’anxiété est source de souffrance. Il faut prendre en charge l’anxiété quand elle devient handicapante dans la vie quotidienne, quand elle vous empêche de faire des choses que vous aimeriez faire, quand vous ne pouvez plus faire les actes de la vie courante, qu’elle vous fait trop souffrir et que ça dure depuis longtemps. 

Quand il n’est pas possible de la gérer seul, il faut se faire aider avant que ça ne soit encore plus grave.

Il est normal que parfois vous vous sentiez anxieux. Il y a des périodes où l’anxiété sera là à cause de l’environnement autour de vous. Ça peut être par exemple, avant un entretien d’embauche, avant des événements nouveaux, parce que la nouveauté, même si quelquefois on aime ça, ça fait peur. Un déménagement ou un changement dans la vie peut rendre anxieux, et ça c’est ok. C’est quand l’anxiété envahit le quotidien que c’est problématique. 

Dans les moments occasionnels qui génèrent de l’anxiété, c’est important de prendre soin de soi, de mettre en place des techniques de relaxation, de méditation guidée, de cohérence cardiaque, de sophrologie. Tous ces outils permettent de s’apaiser, de respirer et de se poser. C’est essentiel de s’accorder des moments à soi, d’avoir des activités qui nous ressourcent, des activités plaisantes. Effectivement, plus votre environnement va être anxiogène, parce que, par exemple, ça se passe mal au travail, que vous n’avez rien pour vous ressourcer, etc., plus l’anxiété prendra de place. 

Pour mieux gérer l’anxiété, il est important d’avoir une bonne hygiène de sommeil. Il est essentiel également d’avoir une hygiène de vie qui nous corresponde (chacun la sienne), un équilibre, des activités qui nous ressource (la relaxation par exemple), qui nous font plaisir et nous déconnectent un temps de nos préoccupations. Tout cela va permettre d’être en capacité de gérer de manière générale nos émotions.

La respiration pour maîtriser l’anxiété

Mathilde

On respire beaucoup par la cage thoracique, alors qu’on devrait plutôt respirer par le ventre. La respiration ventrale, c’est une respiration que les bébés ont de manière naturelle et qu’on perd en grandissant. Cependant, on la retrouve la nuit, notamment quand on est en sommeil profond. C’est donc une respiration qu’on reprend naturellement, c’est une respiration qu’on connaît et qu’on sait faire, mais qu’on oublie de faire dans la journée. Il suffit parfois de 5 minutes pour apprendre à respirer par le ventre. 

C’est important de prendre conscience de son corps. Parfois, on est au bureau et on se rend compte en 30 secondes qu’on a les épaules au niveau des oreilles, qu’on est hypertendu. Il est alors nécessaire de prendre le temps de souffler, de relâcher les épaules, etc. Après ce petit exercice, on se remet au travail de manière plus détendue. 

Il faut savoir qu’une crise d’angoisse, ça passe. Vous ne tomberez pas dans les pommes. Je ne connais personne qui avec un rythme cardiaque élevé et une tension artérielle élevée tombe dans les pommes. On n’est pas sur une chute de tension. Néanmoins, si un jour quelqu’un fait une crise d’angoisse et tombe dans les pommes, je veux bien que vous m’appeliez, parce que c’est un cas de la science intéressant (rires). 

Les techniques de relaxation sont vraiment de la gestion émotionnelle. C’est ce qu’on va mettre en prévention, qu’on va pouvoir mettre aussi de manière générale pour traiter l’anxiété, mais il faudra travailler peut-être également vos pensées. 

L’instant présent

Mathilde  

Souvent, vous avez des pensées qui vous génèrent aussi de l’anxiété. Ces pensées-là sont intrusives. On ne les repère pas forcément, sauf quand on passe un peu en auto-observation de ce qu’on se dit. Quand vous êtes dans une situation qui vous génère de l’anxiété d’un seul coup, il est intéressant de vous demander ce que vous vous dites à ce moment-là. En fait, vu que l’anxiété, c’est de l’anticipation, vous anticipez généralement quelque chose ou alors ça peut être des ruminations sur le passé qui génèrent ces angoisses

C’est déjà important de repérer qu’on ne peut pas prévoir l’avenir, que l’on ne peut pas prédire l’avenir, qu’on ne lit pas dans les pensées des gens. On ne peut pas changer ce qui s’est déjà produit. Un passé, ça se parle, ça se comprend, mais on ne peut pas changer ce qui s’est déjà produit. Avoir des ruminations et remuer le passé, ça ne va pas aider les anxieux. 

Alors, on peut vivre dans l’instant, mais, tous les slogans qu’on voit, ça peut être un peu culpabilisant, parce qu’être dans l’instant présent, tout le temps, ce n’est pas possible. On n’est pas fait pour ça. Notre cerveau a besoin de planifier, d’anticiper, de catégoriser parce qu’il a besoin de comprendre le monde dans lequel il est, l’environnement dans lequel il se trouve. Tout cela pour s’adapter au mieux. Ainsi, l’instant présent va passer par de petites choses au quotidien. Ça peut passer par des techniques de relaxation. Ça peut passer aussi, par prendre le temps le matin de boire son café, sentir le chaud qui va dans la gorge et dans le corps, sentir l’eau sous la douche qui ruisselle sur votre peau, etc. C’est très poétique, tout ce que je dis (rires). 

Léa

Oui, c’est très beau (rires).

Mathilde

C’est bien de prendre 5 minutes pour se poser et remarquer là où vous êtes, quand vous êtes dans un moment qui vous fait du bien. Ce sont de petits temps dans la journée où vous reprenez conscience de l’état dans lequel vous êtes, de l’état de votre corps. Il n’est pas obligatoire que ça dure longtemps. Ce sont de petits instants dans la vie où vous repérez que vous êtes là, que vous « êtes » tout simplement, que vous vivez, que vous ressentez. Il est important d’apprécier les sensations corporelles, le rayon du soleil sur votre peau ou l’eau fraîche d’ailleurs ! Je ne parle que de chaleur, parce que, moi, j’adore la chaleur (rires). 

Léa

Oui, les sensations font qu’on se sent vivant.

Mathilde

L’anticipation, on en a besoin. Mais, l’anticipation, à outrance, c’est ça qui génère l’anxiété. Quand on commence à réfléchir sur des problèmes et solutions à des problèmes qui n’existent pas et qui n’existeront, peut-être, jamais, ça ne sert à rien. C’est bien pour ça que la rumination n’a pas de fin. Je ne connais personne qui a déjà trouvé une solution à un problème qui n’était pas encore présent dans le concret, dans le « maintenant ».

Léa

En fait, c’est une histoire sans fin.

L’anticipation et l’intolérance à l’incertitude

Mathilde

L’anticipation est extrêmement repérable chez les personnes qui souffrent d’anxiété. Elles pensent qu’en anticipant des problèmes qui n’existent pas, elles vont être plus préparées à les affronter. C’est se dire, si j’imagine le pire, alors si le pire arrive je serai prête, je pourrai mieux réagir. 

C’est le cas, par exemple, des personnes ont peur de la mort, qui ont peur que leurs proches décèdent. Alors, c’est vrai que c’est compliqué, parce qu’en fait tu ne peux jamais savoir quand un proche va mourir. Concrètement, ça peut arriver demain, comme ça peut arriver dans 50 ans. Il est important de tolérer le fait de ne pas savoir ce qu’il va se passer. L’anxiété, c’est aussi ça, c’est le fait d’être parfois intolérant à l’incertitude. Le fait de ne pas savoir génère énormément d’anxiété. Donc, si je ne sais pas, alors je rumine pour essayer de savoir. 

La rumination apporte une certaine forme de maîtrise, une impression de maîtrise. Mais, au final, vous êtes encore plus anxieux puisque vous anticipez des choses qui ne sont pas encore là. On ne peut pas maîtriser l’humeur dans laquelle vous serez à ce moment-là, comment ça va se passer, pourquoi ça va se passer, dans quel contexte. C’est impossible de prédire l’avenir. 

Si vous anticipez tous les jours le fait que vos proches peuvent décéder et que demain ils décèdent, c’est horrible à dire, mais vous ne serez pas moins triste. Parce que c’est adapté, en fait, d’être triste dans ce cas là. Et je sais que c’est horrible, parce que c’est une vraie peur, mais on ne peut pas anticiper ça. Le tout, c’est de stopper à un moment donné les ruminations. Surtout lorsqu’elles sont sur des sujets abstraits comme la mort. Il peut être bien de se dire « stop ! » à voix haute. Se dire, « stop, là tu pars trop loin, tu ne peux pas savoir ». Il faut tolérer l’émotion qui en découle.

Léa

On peut se recentrer sur des activités.

Mathilde

Oui, il faut se défocaliser quand on est dans des ruminations sans fin. Recentrez-vous sur une activité qui vous fait du bien. 

On espère que certains points auront pu répondre à vos questions au sujet de l’anxiété, de l’angoisse et du stress. Peut-être avez-vous mieux identifié les symptômes corporels, les pensées qui traversent parfois ce merveilleux corps et cerveau, qui fonctionnent en permanence, et qui nous laissent parfois un petit peu dans le doute et l’inconnu. Prenez soin de vous.

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