Blabla | Maman

Tout est sous contrôle

14 octobre 2018

J’ai hésité de longs mois avant de publier cet article. Sans même imaginer en parler sur le blog, j’ai ressenti le besoin d’exprimer ce que je ressens, cette boule au fond de mon ventre qui accompagne mes jours depuis presque 8 mois maintenant. Si je vous écris ces mots c’est par espoir qu’ils résonnent en vous. Si cette boule, ce poids, cette amertume vous semble familière, si vous pouvez vous identifier à ces quelques mots alors c’est tout ce qui compte, vous ne serez plus seule.

Je crois que mon accouchement m’a traumatisé. Finalement, 7 mois après, quand je prends du recul sur cet évènement, j’y vois beaucoup de violence, de colère et d’amertume. Évidemment ça restera le plus beau jour de ma vie et mon bébé me comble d’un bonheur infini mais j’aurais souhaité que ça se passe autrement. Quand j’imaginais la venue au monde de Gaspard, j’espérais un moment doux, suspendu, enveloppant. Je voulais que cet instant nous appartienne à Samuel, notre enfant et moi. Je savais évidemment qu’il y aurait de la douleur, des émotions, de l’imprévu mais je m’y étais préparé, ça ne me faisait pas peur. Nous imaginions accueillir ce petit être chez nous, loin des néons, des blouses blanches et de l’angoisse que me procurait l’hôpital. J’ai toujours eu ce besoin de contrôler ce qui arrivait dans ma vie, depuis toujours c’est un moyen de me rassurer. Ce projet d’accouchement à domicile en faisait parti, c’était ce qu’il me fallait, ce qu’il nous fallait. Là ou la médicalisation rassure certains, elle est source de panique pour moi et avoir un mari futur médecin ne m’a pas guéri..

Quand je parle de mon ressenti à mes proches, les mêmes phrases et réponses fusent : « ohhh mais l’important c’est que vous soyez en bonne santé » ; « tu n’avais pas le choix » ; « passe à autre chose.. ». Alors j’acquiesce et je change de sujet sachant pertinemment que personne ne peut comprendre ce que je ressens, personne ne mesure ma blessure, aussi écorchée soit-elle. Alors bien sur, je relativise, (du moins j’essaye) je sais qu’il y a pire et que OUI, nous sommes vivants. Mais je m’autorise aujourd’hui à dire que j’en souffre et j’imagine ne pas être seule dans ce cas. Peut-être que finalement si je vous écris tout ça c’est pour espérer sortir de ma douleur solitaire.

L’équipe qui m’a accompagné ce jour là a été formidable et je n’ai aucune rancoeur envers eux. C’est à moi que j’en veux, je m’en veux de ne pas avoir dis NON. De ne pas avoir attendu que mon bébé naisse naturellement. Je m’en veux d’avoir provoqué sa venue au monde alors que nous étions tous les 2 en parfaite santé. Je m’en veux et pourtant j’ai subis cette décision, je ne me souviens même pas avoir dis oui. J’avais déjà entendu parler des violences obstétricales avant ma grossesse, cela semblait sur-réaliste, je me croyais suffisamment informée pour les éviter. Croyant qu’il suffirait d’un non, de ne pas être d’accord.. et puis j’ai à mon tour accouché.

Il y a eu la panique, la culpabilisation, l’angoisse, la peur et puis cette phrase : « Madame votre fils est en danger, vous avez 15 min ». 15 minutes, sinon quoi ? Évidemment vous vous interdisez de penser au pire. Vous donnez le peu qu’il vous reste. Une main me tape la cuisse comme pour me dire de pousser plus fort. À ce moment je ne suis plus seule, 15 personnes s’affairent autour de moi. Je cherche mon mari du regard comme pour m’accrocher à lui. Un ciseau passe devant mes yeux et je comprends, je comprends qu’on ne me donne pas le choix. Le médecin pratique une épisiotomie sans demander mon accord. L’instant d’après j’ai mon fils dans les bras, il hurle, il tremble il semble terrifié. Il ne se calme pas, ne veut pas téter. On veut lui mettre un produit dans les yeux, je hurle que NON, qu’on le laisse tranquille. Je le sers contre moi et je me surprends à répéter : « C’est fini, c’est terminé, je suis désolée.. »

Et si je n’avais pas accepté qu’on me déclenche, et si je n’avais pas eu d’hormones de synthèse, et si je n’avais pas eu besoin de péridurale, et si on ne m’avait pas injecté tous ces produits et si j’avais laissé faire la nature et si et si et si. Il a fallut des mois pour que j’arrête de répéter le scénario dans ma tête.

Encore aujourd’hui quand je regarde Gaspard il m’arrive souvent de voir en lui la peur, l’angoisse, la colère qui m’habite depuis sa naissance. À travers son insécurité, ses peurs et son besoin constant d’être contenu je ne peux pas m’enlever de la tête que la violence qu’il a subit le jour de sa venue y est pour quelque chose.

J’ai pensé devoir en parler à un professionnel, quelqu’un capable de m’écouter et recueillir mes angoisses. Finalement j’ai trouvé réconfort auprès de la méditation. Je vous en parlais il y a la semaine dernière, elle fait maintenant partie de ma vie et ces quelques minutes de « retour à soi » m’ont permis de faire la paix avec moi même. Je n’ai pas totalement réussi à me pardonner et je crois qu’un fond de culpabilité m’a marqué de façon indélébile mais j’ai le sentiment d’y travailler chaque jour.

J’espère que ces quelques mots auront su résonner en vous et puissent-ils vous faire sentir moins seule.

Et vous, comment avez-vous vécu ce jour si particulier ? Avez-vous été écouté dans vos demandes ? Pensez-vous que ça a pu impacter votre relation avec votre enfant ?

Je vous embrasse,

Léa

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  1. Comme tu le dis « C’est fini, c’est terminé, je suis désolé », c’est terminé ton petit bébé est là, c’est fini cet accouchement bestial et violent, je suis désolé que tu ais eu à subir ça.
    Tu es une maman fantastique, ton petit bout de chou ne gardera que cette face là de son enfance, une mère souriante et radieuse avec un papa présent.
    Tu assures et tu m’épates !

  2. Waouh, je suis étudiante sage-femme, et a travers tes mots je comprends ce que tu as pu vivre… J’espère que de nous avoir partagé ça pourra t’aider à te sentir mieux.
    Tu n’es en aucun cas coupable de ce qu’il s’est passé, tu as fait ce qu’il te semblait juste a ce moment là.
    Je te souhaite plein de bonheur avec ce petit bout et je suis sur que tu es une merveilleuse maman❤️

  3. Je suis très touchée Lea .. Et assez choquée par les banalités que les équipes médicales pensent pratiquer .. mais en réalité elles sont vecu comme une atrocité par le patient .. c’est affreux .. courage à toi j’espère que le temps va te faire un peu oublier cette culpabilité plein de bisous à toute ta petite famille.

    Alexandra, une abonnée.

  4. Léa, je suis si triste de te lire. Ta vidéo sur ton accouchement m’avait pourtant donné une toute impression de ce moment, m’avait même rassurée… Je ne suis pas encore maman mais j’espère le devenir un jour, et pourtant. J’ai peur, de l’hôpital, de tout ce que je lis, j’entends, et je me dis qu’au final, peut-être que c’est mieux si ça ne m’arrive jamais… J’aimerais en savoir plus sur ton expérience, sur l’épisiotomie que je ne comprends pas… Merci pour ce partage.

  5. Tant de tristesse et de souffrance dans ces mots …je te souhaite bien du courage pour retrouver la paix, même si tu as l’air sur la bonne voie!
    Mon accouchement à moi n’a pas été très joli non plus …bien que j’ai réussi à échapper à l’episio, après 5 mois, le souvenir de cette ventouse qui vient extirper mon bébé, et moi les jambes écartées avec 8 personnes les yeux rivées sur l’evenement de notre vie …trop de gens, trop de bruit, si bien qu’à l’instant crucial où j’ai tenu mon tout petit bébé contre moi, je n’ai pas réussi à croiser le regard de mon mari que je ne trouvais plus dans ce bazar…et pourtant il était juste à côté de moi. Ces regrets ne partiront pas et grâce à toi j’ose pour la première fois exprimer ma colère. Alors d’une jeune maman a une autre : merci et courage !

  6. Wow ma pauvre ! Ton article est bouleversant j’espère qu’écrire cet article t’auras aidé (en plus de la meditation) ma soeur aussi à vécu le même calvaire que toi mais je ne l’avais pas vu de ce point de vu là. En tout cas tu es très forte j’admire ton courage et ta sincérité

  7. Salut Léa ! Ton article est très poignant, et m’a beaucoup touché. L’accouchement est tellement un moment précieux, qui sans vraiment le savoir determine beaucoup de chose dans la relation mère/enfant. Chaque accouchement est unique. Ton article m’a fait écho étant Enceinte j’ai aussi très peur que ce moment arrive, qu’on me laisse pas le choix, que l’obstretitien arrive avec ces ciseaux, qu’il m’injecte des produits que je ne voulais pas..
    Je t’envoie tout mon soutien et mon amour ♡
    Laura

  8. Coucou Léa, ton texte est a la fois dur a lire mais en même temps il nous aide à accepter nos propres traumatismes. Tu as le droit de ressentir tout ça et tu dois en parler si cela t’aide à comprendre et t’aide à refermer cette plaie qui peine a partir seule. Oui c’est une réalité vous avez de la chance d’etre tout les deux en vie mais si cela te ronge au quotidien alors stop les dictât de la société qui oblige à garder toute cette tristesse pour soi. Léa parles en car je pense que tu en aideras plus d’une. Merci d’avoir partager ce douloureux souvenir avec nous, en espérant t’aider en retour, love you

  9. Je te comprends… Je n’ai pas vécu ça. Mais je peux comprendre en tout cas, étant maman d’un petit de 11 mois. A quel moment on balance à une presque-maman « vous avez 15 minutes » l’air de dire « tu as les clés en main, fais ton boulot sinon c’est foutu »… L’episio j’imagine parfaitement, j’ai vécu une violence différente. Le placenta ne voulait pas s’expulser, elles ont du aller le récupérer d’elles même… En appuyant de toute leurs forces sur mon ventre, jusqu’à me faire un énorme hématome qui me paralysait tout le ventre les jours qui o’t suivi… Je changerais de maternité pour bb2, en ayant espoir de tomber mieux

  10. Coucou Léa,
    Je ne commente que très peu ce que je lis ou regarde sur internet mais ton article m’a touchée. Je ne suis pas encore maman mais je sais que je suis faite pour ça, c’est un de mes objectifs ultimes dans la vie, être maman. Et malgré le fait que je n’ai pas encore vécu d’accouchement je ressens et comprend ce que tu veux dire.
    Ce besoin d’être en paix avec ton bébé et toi même est naturel, et le fait que ton accouchement ce soit passé sans vraiment être sous ton contrôle n’a pas du tout être facile. Mais tu ne peux pas t’en vouloir, tu as fait sur le coup ce qui te semblait le plus important et sain pour ton bébé, tu es une maman forte et géniale pour ton bébé. Il ne pourra être que reconnaissant pour tout ça.
    Continue comme tu le fais, car de ce que j’en vois sur ton blog et tes chaînes YouTube, tu es i’e super maman.
    Bonne continuation et gros bisous !

  11. Bonjour Léa,

    Super articlecomme toujours, c’est un super rdv avec toi ces articles du dimanche sur ton blog, j’adore !
    Je suis actuellement enceinte de mon premier enfant, demain j’entame ma 37 ème SA ton article a très clairement une répercussion en moi puisque je suis bien consciente que tout cela pourrait m’arriver et j’en ai très peur. Peur que mes volontés ne soient pas respectées, meme si je vais accoucher dans une maternité où les sages femmes sont à la pointe en terme d’accompagnement, d’accouchement physiologique etc
    Je suis désolée pour toi que tu aies subi ce traumatisme, quand est ce les femmes seront réellement écoutées et entendues sur toutes ces angoisses et ces violences ? On dit NON, Non ce n’est pas normal, Non on n’est pas un simple incubateur, NON à l’absence de consentement explicite, NON aux actes qui ne sont pas strictement nécessaires, NON NON NON !!

    Je suis désolée je crois que je m’eparpille…
    En tout cas merci piur tes mots
    Je t’embrasse

  12. C’est un article incroyablement intime et profond que tu nous livres là, Léa.
    D’abord merci, merci de ta confiance et de cet abandon, c’est très touchant pour nous.
    Ensuite bravo, bravo d’avoir le courage de témoigner sur cet événement si personnel.
    Je ne suis pas maman et ne peux pas totalement comprendre ce que tu vis, et c’est certainement un cheminement très personnel à faire. Ceci dit, tu as tout mon soutien et mes pensées positives dans cette voie. En tant que femme et en ayant des projets similaires, protéger son enfant en toute circonstance est un objectif évident.
    Je vais être bateau mais je pense que cela ne t’es pas arrivé par hasard et ton témoignage a une portée bien plus forte que tu ne peux le penser. C’est important d’en parler !
    Pour ce qui est de Gaspard, même si cet événement est arrivé et si tu penses avoir quelque part échoué à cet instant T, tu as encore toute la vie avec lui. Il y aura des milliers d’occasions de le protéger et le faire grandir, et peut-être qu’il faut puiser dans ce jour d’accouchement (et non pas l’oublier) pour faire encore mieux par la suite!

    Tu as tout mon soutien et beaucoup de pensées Léa, et ce depuis des années!

  13. Bonjour Léa
    Pour moi ça été un super moment et surtout rapide c’est le après qui n’a pas été tout rose. J’ai décidé de l’allaité mais mon fils n’y arrivait pas on était fatigués tous les 2 et les sf qui viennent réveiller ton bébé et toi pour la tétée genre c une obligation et bien ajd je regrette de pas leur avoir dit non laissez le dormir et la tétée se fera qd il aura faim. Heureusement une fois à la maison tout a changé bébé dort dans son lit dans sa chambre il fait ses nuits pratiquement de suite et les tétée se passent mieux vu que c’est à sa demande. Aujourd’hui je men veux tjs de ne pas avoir dis NON mais mon fils a 2ans et demi il grandit bien évolue très vite et nous rends tellement heureux. Ton article m’a bouleversée courage pleins de bisous Audrey

  14. bonsoir Léa , j’ai vécu comme toi pour mon premier un accouchement très traumatisant avec un declenchement . jetais comme toi jeune et j’ai eu en plus une equipe méprisante et pas du tout a l’écoute j’ai eu des reflexions totalement déplacer car j’en suis persuadé du faite de mon âge ( 22 ans ) . ils m’ont volé mon accouchement et j’ai mis beaucoup de temps a créé un lien avec mon bébé a cause d’eux car il m’ont volé meme le peau a peau que je n’ai pas eu… pour notre deuxieme je m’étais promis de ne pas me laisser faire d’imposer mes choix . Aujourhdui j’ai mis au monde notre deuxieme enfant dans la douceur et dans le respect je suis tombé sur une sage femme en or je n’oublierai jamais son prénom . je lui ai d’ailleurs dit merci mille fois car grâce a elle je restait sur une belle fin . Alors si un jour tu pense au petit deuxieme je te souhaite l accouchement de tes reves . Et surtput impose toi . je t’embrasse

  15. Ooh que je te comprends j’ai aussi mal vécu cet accouchement qui ne s’est pas déroulé comme je le souhaitais. J’ai aussi subi un declenchement. Je me retrouve dans tout ce que tu as ecris. Cela m’a habité pendant plusieurs mois avant que je puisse prendre la force d’essayer de prendre le dessus. Comme tu le dis personne ne comprend reellement autour de nous ce que l’on ressens et en meme temps c’est normal ils ne l’ont pas vécu. Merci pour cet article qui nous permet de nous sentir moins seules.

  16. Salut Léa,

    J’aimerai juste commencer ce commentaire par je te comprend tellement, t’as déception de ne pas pouvoir accoucher à domicile que j’ai vécu également, ainsi que les violences obstétricales… Je suis de Montpellier aussi et j’ai eu la chance d’accoucher à domicile de mon fils… mais je déchante quand 15mois plus tard je me retrouve à accoucher à l’hopItal de ma fille car bébé en siège… J’ai l’impression que l’on m’a volé mon accouchement et mon mari encore plus.. on ne l’a pas laissé être présent et j’ai donc accouché seule alors qu’il aurait pu être là… plein de petit geste déplacé pour une femme qui accouche seule sans péridurale… des petits gestes certes mais qui pèsent lourd sur le moral. Voilà maintenant 2mois, 2 mois qui nous séparent de ce jour si merveilleux mais si horrible a la fois… pas un jour ou chaque minute de cet accouchement ne passe pas en boucle dans ma tête… si beau mais si horrible a la fois… je te comprend tellement.

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