Enfant qui joue avec des jouets en bois pour illustrer un article d'un podcast
Podcast "Salut, ça va ?"

Tout adulte a été un enfant

2 juin 2021

Tout adulte a été un enfant : quatrième épisode du podcast « Salut, ça va ? »

Le thème du jour est le suivant : tout adulte a été un enfant. On sait, notamment grâce aux neurosciences, que notre environnement dans l’enfance et la petite enfance, ainsi que tout ce qui se passe dans notre cerveau concernant l’attachement, est déterminant pour notre construction en tant qu’adulte. Cela a surtout un impact dans nos relations et dans beaucoup d’aspects de notre vie. Et aujourd’hui, on avait envie d’explorer ce sujet pour comprendre la théorie de l’attachement et les troubles de l’attachement. Comment est-il possible de faire autrement que ce qu’on a vécu enfant ? Comment ne pas forcément reproduire notre passé lorsqu’on devient parent ? Comment se crée le lien d’attachement et qu’est-ce qui le facilite ? Qu’est-ce qui, au contraire, peut rendre ce lien plus instable ou insécure

Tout adulte a été un enfant : la théorie de l’attachement

Léa, créatrice de contenu et hôte de podcast

Est-ce que toi, Mathilde, en tant que psychologue, dans des problématiques que tu rencontres avec tes patients, il y a toujours un lien avec ce qu’ils ont vécu et ce lien d’attachement qu’ils ont eu enfant ?

Mathilde Besset, psychologue clinicienne

Effectivement, dans la majorité des pathologies que je croise, l’environnement d’origine, l’environnement dans lequel la personne a grandi, dans lequel elle a évolué, a conditionné la façon dont elle a pu construire sa personnalité. Bien qu’il y ait aussi une part de génétique. On naît tous avec un tempérament, mais la façon dont se construit la personnalité va dépendre de la manière dont tout le système d’attachement s’est mis en place pendant l’enfance

La théorie de l’attachement est très complexe. Elle a d’abord été théorisée par John Bowlby. Il est parti du principe qu’à la base de l’attachement, il y a un enfant dans le besoin, qui est en demande et un adulte qui répond à ses besoins. 

Un adulte va s’attacher à son enfant en répondant à ses besoins et, à l’inverse, un enfant qui va s’attacher à cet adulte parce que ses besoins ont été comblés. Un enfant naît et, de manière très naturelle, son but premier va être de s’attacher à un adulte. Sans adulte pour s’occuper de lui, concrètement, il meurt, car il n’a aucune autonomie. L’attachement va donc être essentiel pour sa propre survie. 

Les troubles de l’attachement

Mathilde

On voit d’ailleurs, dans les cas les plus graves et les plus rares, par exemple, dans la protection de l’enfance, qu’il peut vraiment y avoir des troubles de l’attachement. Il y a plusieurs paliers. Il y a l’attachement sécure, et plusieurs types d’attachements insécures. Et ensuite, il y a les troubles de l’attachement. Ils sont beaucoup plus difficiles à prendre en charge. Par contre, un attachement insécure peut être changé, modifié si, l’enfant et l’adulte arrivent à trouver une nouvelle figure d’attachement, et donc à changer la base de l’attachement. 

Si un enfant a affaire à un adulte qui est négligent, maltraitant dans les cas les plus graves, cela va forcément favoriser des attachements insécures. L’adulte aura plus de probabilités de développer, par exemple, des troubles de la personnalité comme des troubles de la personnalité borderline, des troubles de la personnalité dépendante, etc. Ce n’est pas systématique. Bien évidemment, il y a aussi des enfants qui ont grandi dans des environnements qui n’étaient pas sains, où on n’a pas nécessairement répondu à leurs besoins et qui ont quand même réussi à s’attacher à d’autres adultes, à de nouvelles figures d’attachement, et donc à développer des ressources qui font que, plus tard, ils n’auront pas forcément de problèmes relationnels avec autrui.

L’enfant a besoin d’attention et d’affection

Léa

Tout à l’heure tu parlais du fait qu’un bébé, lorsqu’il naît, a besoin d’un adulte pour pouvoir survivre parce qu’il ne sait pas manger tout seul. 

En fait, il y a carrément même des expériences terribles qui ont montré qu’il ne suffisait pas de remplir les besoins qu’on pourrait appeler, peut-être, matériels, qui sont manger, changer la couche, etc. Si un enfant est laissé dans un berceau et qu’on prend seulement la peine de le nourrir, de lui changer sa couche et de faire attention à ce qu’il ne tombe pas malade, ça ne suffit pas. On constate que l’enfant ne peut pas survivre sans attention. Ce besoin d’attention et d’affection est essentiel. Il ne suffit pas de s’occuper d’un enfant comme on le ferait d’un Tamagotchi (rires). 

Mathilde

Oui, effectivement, il y a un réel besoin d’échanger, de communiquer, d’être reconnu pour ce que l’enfant est, d’être aimé, pour ce qu’il est aussi. En effet, il y a une expérience dont tu parles où on avait fait ça avec des singes. Donc il y a un bébé singe qui a été mis dans une espèce de cage avec deux faux singes adultes. Un singe froid en fer qui donne à manger et un singe tout doux en peluche, hyper réconfortant, tout chaud. 

On sait que le bébé singe, en cas de danger, n’ira pas vers le singe adulte qui lui donne à manger, mais bien vers le singe qui va le réconforter, lui apporter une douceur, une tendresse, parce qu’il a besoin de ça. 

De la même façon, l’enfant a un besoin d’affection, il a un réservoir affectif à remplir. D’ailleurs, les personnes qui ont des réservoirs affectifs vident en étant petit, auront plus de mal à s’investir dans des relations plus tard parce qu’ils auront peur de manquer ou peur de l’abandon. Ce sont des peurs qu’on retrouve et qui se sont généralement établies dans l’enfance, car tout adulte a été un enfant.

Les systèmes de protection mis en place pendant l’enfance

Léa

Ce qui est assez questionnant, c’est qu’il y a des personnes qui deviennent à leur tour des adultes qui vont quitter, abandonner ou fuir des relations, alors que c’est justement ce dont ils souffrent depuis enfant. Comment est-ce que ça se traduit ? Est-ce que c’est un mécanisme de protection, de reproduction qui est inconscient ?

Mathilde

Le petit enfant va mettre en place des systèmes pour se protéger de l’environnement dans lequel il évolue. Il va ensuite garder ces systèmes de protection, en étant adulte. Pourtant, ces systèmes qui étaient efficaces pour évoluer dans l’environnement qui était le sien quand il était enfant, ne sont plus efficaces une fois adulte. Donc, ça va devenir source de souffrance, puisque, du coup, ce sera moins adapté. 

Un comportement est un apprentissage. Et ces apprentissages que l’enfant aura mis en place quand il était petit, il va les garder en étant adulte. Pour autant, un comportement, un apprentissage, se modifie. On ne peut pas modifier l’apprentissage initial, mais on peut en créer des nouveaux qui feront qu’on peut avoir un rapport à l’autre. Mais, effectivement il est possible qu’un enfant qui a grandi dans un environnement où l’adulte n’était pas fiable, où il y avait des abus, ait mis des choses en place, comme de la méfiance, pour prévenir ces abus. Cette méfiance, plus tard, fera peut-être qu’il aura du mal à faire confiance à un autre adulte. Quitte, du coup, à revivre ce qu’il a vécu enfant en permanence. 

Si m’attacher à quelqu’un est synonyme d’être quitté, je vais, soit éviter de rentrer dans des relations, soit avoir peur de l’engagement. Ou alors, je vais quitter avant que l’on me quitte ou faire en sorte d’être abandonné. La réflexion à ce moment-là est que, de toute façon, c’est ce qui se produira, donc autant que ça aille rapidement. 

Cependant, on ne peut pas tout catégoriser, car c’est très complexe. On ne peut pas tout résumer parce que chaque individu réagit différemment. Mais on a tous des schémas en nous, et tous les schémas que l’on fait, on les garde. En général, quand tu fais un schéma de pensée et de comportements enfant, tu les gardes et tu les utilises quand tu es adulte.

La création d’un attachement sécure, d’une relation saine

Léa

Alors, comment créer un attachement sécure ? Est-ce qu’il y a quelque chose à faire foncièrement, comme la méthode du bon parent ? Est-ce que ça se fait naturellement ? Quels sont les signaux d’une relation saine ?

Mathilde

Pour avoir un attachement sécure avec son enfant, il n’y a pas de miracle. Cependant, tout ce qui est maltraitance physique, psychologique, négligence, humiliation, rabaissement, hurlements, etc., il faut éviter voire bannir. 

L’attachement est complexe. Il y a le besoin de l’enfant, mais il y a la manière dont l’enfant va exprimer son besoin à sa façon. Par exemple, un bébé ne sait pas parler pour s’exprimer. Il y a le tempérament du bébé et de l’adulte. Comment le parent va-t-il répondre à ce besoin d’attachement, est-ce qu’il l’a bien compris et interprété ? 

Il y a des parents qui sont très bienveillants avec leurs enfants, mais qui ont un métier très prenant, et qui, du coup, sont très absents. 

Il y a d’autres exemples, comme un bébé qui naît avec une maladie. Là, l’adulte va devoir répondre aux besoins de son enfant en faisant de son mieux. Mais, il faudra aussi qu’il fasse avec ses propres émotions, avec ses propres schémas de pensée, avec son propre vécu à lui et qu’il gère tout cela. 

Il peut être important, avant d’avoir un enfant, d’être au clair avec ce qu’on a vécu, d’être au clair avec ses émotions. 

L’attachement, c’est aussi la manière dont le bébé, l’enfant, va pouvoir se détacher de ses parents. Un attachement sécure signifie que l’enfant, à un moment donné, ne va pas se détacher au sens où il ne sera plus attaché à vous, mais va pouvoir aller explorer son monde en confiance. À l’inverse, un parent très anxieux qui a peur lui-même de tout va inculquer ça à son enfant, qui va le repérer. 

Un enfant repère dès le plus jeune âge vos émotions. Vous essayez parfois de les cacher. Vous avez peur, et vous lui dites, « oui, oui, ça va ». Mais, votre enfant connaît vos expressions faciales. Pour le coup, si vous êtes sa première figure d’attachement, il va connaître vos émotions par cœur. Il va savoir quand ça va et quand ça ne va pas. 

Tout ça, c’est la théorie de l’attachement. Il y a tellement de paramètres, qu’aucun enfant n’a le même attachement qu’un autre. 

L’indépendance passe par une phase de dépendance 

Mathilde

Évidemment, il y a des choses qu’il faut bannir de l’éducation. Et ce qu’il faut surtout garder en tête, c’est que l’indépendance d’un enfant passe par une phase de dépendance. On entend beaucoup, « mais si tu fais ça, il va être trop collé à toi, dépendant de toi ». Eh bien oui, à huit mois, par exemple, on entend cette fameuse anxiété de séparation. Un bébé peut passer par cette anxiété de séparation de manière tout à fait naturelle. C’est la manière dont ça va être géré qui est importante. L’Indépendance, c’est une acquisition qui passe forcément par une phase de dépendance de l’enfant envers son parent. C’est obligé.

Léa

Isabelle Filliozat utilisait la métaphore, d’un petit avion qui revient se poser sur sa base quand il en a besoin, car il lui faut du carburant. En fait, c’est vrai qu’un avion, plus tu lui donnes du carburant, plus il peut aller loin. Et là, c’est un peu l’idée de se dire que plus ton attachement va être sécure, plus ton enfant va être en capacité de voler de ses propres ailes et de savoir que, quoiqu’il arrive, tu seras là pour lui. Et du coup, ça crée forcément un sentiment de confiance qui est important maintenant et pour le futur, car tout adulte a été un enfant.

Au même titre que, plus tard, adulte, dans tes relations, dans tes amitiés, quand tu sais que tu es aimé pour ce que tu es et que tu es soutenu, c’est beaucoup plus facile d’être toi même, d’exprimer tes émotions. 

La psychothérapie pour ne pas reproduire les schémas appris dans l’enfance

Léa

Quand on est adulte, on peut avoir des séquelles liées à la maltraitance physique, mais ça peut aussi être lié à de petites humiliations ou tout simplement à un manque de soutien. Comment est-ce qu’on peut, une fois adulte, se détacher de tout ça et arriver à identifier, puis à travailler sur ces schémas qui parfois ne nous appartiennent pas, mais qui font partie de notre fonctionnement ?

Mathilde

Il est important de repérer si ça vous fait encore souffrance, si ça a un impact dans votre vie et que vous sentez qu’il y a un mal être, un problème et qu’il y a des choses à régler. C’est compliqué de s’autoanalyser, d’autoanalyser les pensées qu’on peut avoir dans certaines situations, d’autoanalyser nos émotions. C’est difficile, car on ne nous apprend pas toujours à identifier nos propres émotions et à les exprimer. 

Donc, ce sont des apprentissages qui peuvent être faits, notamment lors d’une psychothérapie. Je pense d’ailleurs que c’est même essentiel de travailler sur ça quand on sent qu’on a des soucis au niveau relationnel. 

D’autant qu’en fonction de la problématique, on va aller, en plus, se lier à des personnes qui vont renforcer ces schémas-là. C’est-à-dire que si j’ai appris à être aimé dans le rejet, je vais probablement aller me lier à des personnes qui vont m’aimer dans le rejet, qui vont continuer à reproduire ce schéma que je connais déjà. Et cela parce que le cerveau, des fois, est plus serein à l’idée d’aller vers quelque chose qu’il connaît que d’aller vers quelque chose qu’il ne connaît pas, même si, au fond, cette autre chose-là serait mieux pour nous.

Léa

Quitte à être dans la souffrance.

Mathilde

Exactement. Donc, parfois, il faut simplement aller voir un psychologue pour travailler tout ça. Mais l’idée n’est pas forcément de ne travailler que sur son passé. On est bien d’accord. C’est parfois bien de communiquer, par exemple, à ses parents, si la problématique concerne vraiment ses parents, de pouvoir communiquer certaines choses, de s’affranchir peut-être de certaines attentes, de se rendre compte aussi que même en étant adulte, on a encore nos attentes d’enfant envers les personnes qui devaient prendre soin de nous. 

Parfois c’est un travail d’acceptation sur le fait que ça n’arrivera peut-être pas et c’est ok. Ça ne veut pas dire qu’on ne peut pas retrouver ça chez d’autres individus de notre entourage, mais simplement que certaines attentes ne seront pas comblées par les personnes qui étaient censées prendre soin de nous. Et ce, non pas parce qu’elles ne le veulent pas, mais tout simplement parce qu’elles n’en ont pas les capacités. Elles ne sont pas outillées pour ça. Et puis, surtout, parce que la seule personne qui peut changer, en fait, c’est vous. 

Vous ne pourrez pas demander à une personne de changer pour vous. Une personne évolue pour elle avant tout. Et ensuite, les choses bougent autour d’elle parce qu’elle-même a changé. Même si on ne s’affranchit jamais. On est d’accord que notre vécu fera partie de notre vie, pour toujours. Donc, on ne peut pas s’affranchir de tout, mais il est important, parfois, de faire un travail d’acceptation sur notre vécu. 

Mais, c’est surtout dans le présent qu’il faut se poser des questions : « Quelles sont les situations aujourd’hui où j’éprouve des difficultés ? Concrètement, comment je peux changer ces situations-là ?  Est-ce que je dois faire un travail d’affirmation de moi ? Est-ce que je dois faire un travail sur mes schémas de pensée ? Est-ce que je dois avoir une réflexion sur mon anxiété ? 

On sait de toute façon que le vécu est un facteur prédisposant. S’il a été compliqué, difficile, maltraitant ou autre, sans aller jusqu’à la maltraitance physique, il y aura des prédispositions pour développer des pathologies mentales : la dépression, l’anxiété, les troubles de la personnalité. Ce ne sont pas les seuls facteurs. Il y a la génétique, il y a le tempérament. Il y a les événements de vie aussi. Sans parler du vécu de l’enfant. Mais effectivement, toutes ces choses ont une part de responsabilité énorme. Et je pense qu’on devrait plus accompagner, parfois, les parents, les adultes avec leurs enfants. Il serait bien de changer un peu de prisme. On voit le débat qu’il y a eu notamment sur l’interdiction de la fessée. En fait, il y a encore plein de choses à faire. Je pense que c’est ça qui est important de retenir. Ces choses-là sont difficiles à faire sans aide.

Léa

On le rappelle très souvent, mais, bien évidemment, nos petits conseils ne remplacent pas une thérapie. Et surtout, il ne faut pas hésiter à consulter quand vous en ressentez le besoin. 

L’arrêt des relations toxiques

Léa

On entretient des relations avec nos parents ou les personnes qui se sont occupées de nous, enfant. Est-ce qu’il y a un moment où il peut être bénéfique de couper totalement ces liens si on arrive à un point où la toxicité est trop élevée et que finalement, ça empiète sur notre bien être mental ?

Mathilde

Alors ça, c’est très compliqué parce qu’on nous inculque, depuis toujours, que quelque soit la manière dont nous sommes traités, nous devons l’accepter quitte à subir. L’argument est souvent qu’il y a un lien de sang et que ce sont nos parents donc qu’il faut s’en occuper coûte que coûte. 

Tout adulte a été un enfant : quelqu’un a été maltraité, mais on lui dit qu’après tout c’est quand même sa mère ou son père donc qu’il doit s’en occuper. Il y a une certaine violence à dire ce genre de phrases qui peuvent paraître anodines. Finalement on nie complètement le vécu de la personne. Concrètement, non, on n’est pas obligé de subir sa famille et ses parents, dès lors qu’il y a plus de mauvais moments que de bons moments et que c’est délétère pour vous. 

Alors c’est évidemment compliqué un jour, de se dire, « je ne vais plus parler à mes parents ». C’est très compliqué et ça demande parfois un travail. L’objectif n’est pas toujours de couper les ponts avec ses parents. On est bien d’accord. L’idée, c’est parfois aussi de trouver une manière de mieux vivre la situation quand c’est possible et de ne prendre que ce qui est le mieux pour vous. 

Mais effectivement, dans des cas extrêmes, ça nécessite de couper les ponts quand les parents continuent à exercer une certaine maltraitance vis-à-vis de leurs enfants et qu’ils pensent qu’il doit l’accepter, parce qu’un enfant a un amour inconditionnel envers ses parents, quel que soit ce qu’il subit. Dans ces situations, demandez-vous si vous accepteriez qu’un autre adulte vous fasse ce que vous font vos parents ? 

Léa

Souvent, on dit que lorsqu’un enfant est dans une situation de maltraitance, de négligence, il commence par ne plus s’aimer avant de ne plus aimer ses propres parents. 

Enfant, il y a cet amour inconditionnel du référent. En fait, peu importe ce que le parent fait subir à l’enfant, c’est très difficile pour lui de prendre du recul sur le fait que la situation n’est pas normale. Il y a certaines relations qui sont anormales, qui sont abusives et qui parfois semblent pour d’autres, ok, parce que c’est ce qu’ils ont toujours connu. 

Au même titre que si toute ta vie on te dit qu’une banane s’appelle une pêche (rires), quand tu regardes une banane tu es profondément sûr que c’est une pêche ! C’est bien sûr très simpliste, ce que je viens de dire. 

Le droit de poser ses propres limites avec ses parents

Léa

Quel signe peut-on repérer pour comprendre qu’il y a quelque chose qui ne va pas dans nos relations avec nos parents ? Faut-il s’écouter ?

Mathilde

Un enfant, de manière naturelle, s’attache à son parent, ou à la première personne qui prend soin de lui. C’est donc très compliqué, pour lui, de se dire que la personne qui prend soin de lui, qui est censée prendre soin de lui de manière naturelle, ne le fait pas. L’enfant ne va pas se dire que c’est forcément que cette personne a un souci. Non, de manière naturelle, il va se dire, « bon bah j’ai un petit problème. Qu’est-ce que j’ai fait de mal ? ». 

La culpabilité commence là. Et en plus s’ajoutent des phrases de la part des parents, telles que, « tu me dois le respect. Tu me dois ceci. Je suis ton parent », etc. Il y a des parents qui mettent au monde un enfant et qui vont lui dire, « n’oublie pas que je me suis occupé de toi quand tu étais petit ». Oui, d’accord. Bon, en même temps, quand on fait un enfant il faut qu’on s’attende à devoir s’occuper de lui !

Léa

Oui, et puis l’enfant, lui, n’a rien choisi.

Mathilde

Et voilà. Dans l’absolu, l’enfant, en l’occurrence, n’a pas demandé quelque chose. Il y a une espèce de devoir de, « je te suis redevable parce que tu m’as mis au monde et que tu t’es occupé de moi ». Ce n’est pas une généralité, mais l’enfant se sent souvent redevable. Ce sentiment de redevabilité et ce sentiment de culpabilité font que, couper les liens avec un parent qui s’occupait de nous est très compliqué. 

Parfois, sans couper les liens, il faut marquer ses propres limites dans la relation. Ça peut se faire en exprimant la manière dont vous avez envie que la relation se passe. 

Cette étape peut arriver quand la relation est trop compliquée, qu’elle est source de souffrance, qu’il y a des appréhensions, que ça génère beaucoup de sentiments désagréables, de tristesse, de colère, quand il y a peu de soutien. En fait, c’est quand ça fait souffrance. 

Si vous êtes dans ce genre de relation là, mais que concrètement, ça ne vous porte pas souffrance, tant mieux, ça, c’est ok. Chaque personne a son propre curseur et chaque personne sera à même de dire, « cette relation-là me convient ou ne me convient pas » ou « dans l’état actuel des choses, elle me porte souffrance ». Parfois la personne se rendra compte que la relation n’est pas saine, est abusive, ou juste qu’il y a des choses dont il faut parler ou reparler. 

Parfois, ça se découvre aussi en thérapie. La personne va venir pour un problème. Et puis, au fur et à mesure d’analyser un peu tout ça, on va se rendre compte que c’est l’entourage de la personne qui va maintenir ses troubles et sa souffrance. Mais parfois, quand on est dans sa propre situation, c’est très compliqué d’analyser ça et de se dire, « ah ! Ok, en fait il faudrait que je fasse ça et puis il faudrait que je dise ça comme ça et que je mette des limites ». 

La majorité du temps, il y a besoin d’aide extérieur. On entend souvent, « mais tu es égoïste ! ». Mais moi, je vous encourage sincèrement à être égoïste, à vous occuper de vous. Oui, soyez égoïste. Et dire stop à une relation qui vous fait du mal, ce n’est pas être égoïste. Même si ça fait du mal, effectivement, à la personne en face de vous. Il faut prendre soin de soi, s’écouter et accepter ce qui est acceptable. 

La parentalité 

Mathilde

Il est parfois nécessaire, quand on est adulte, qu’on a un enfant ou qu’on souhaite en avoir un, de s’informer sur la parentalité et sur le fait de ne pas reproduire nécessairement ce qu’on a vécu enfant. 

Ça ne veut pas dire que ça vous remet en cause, mais il y a des parents des fois, qui se disent, « je ne reproduirai pas ce que j’ai vécu et je veux faire différemment parce que c’était horrible et que j’ai souffert pendant mon enfance ». Et puis le bébé arrive. On l’aime profondément, mais, notre première réponse émotionnelle, c’est celle qu’on a apprise, car tout adulte a été un enfant

Et même si on avait envie, à l’origine, de faire différemment, très instinctivement, on va reproduire ce qu’on a vécu. Ce n’est pas toujours le cas, bien évidemment, mais ça peut se passer comme ça. En tout cas, ça ne veut pas dire qu’on est un mauvais parent. Ça veut juste dire qu’il y a encore de petites blessures d’enfance qui sont là. Le bébé qui arrive dans la famille fait resurgir un peu tout ça. Parfois, se renseigner sur ces sujets suffit. 

Il n’y a pas de méthode, mais ça demande de switcher au niveau du cerveau, ça demande de faire de nouveaux apprentissages, de se dire que oui, un enfant ne vient pas au monde pour vous casser les pieds. Il ne vient pas au monde comme un petit diable. Un enfant vient au monde pour être aimé, comme il est, respecté, tel qu’il est. Et des fois, une manière de se guérir, c’est aussi d’apporter des choses différentes à son propre enfant. C’est se dire, « j’ai vécu tout ça et malgré tout, je fais différemment aujourd’hui, car j’en suis capable et j’en suis fier ». 

On espère que cet article aura pu vous donner quelques clés pour mieux comprendre les enjeux liés à cette phrase de départ, tout adulte a été un enfant. On a pu passer en revue plusieurs points essentiels : la théorie de l’attachement, le besoin d’attention et d’affection, la création de liens sécures, la parentalité, etc. N’hésitez pas, si vous en ressentez le besoin, à contacter un psychologue pour suivre une psychothérapie. Prenez soin de vous.

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